01 · Géopolitique
Iran-USA : la guerre du Moyen-Orient s'arrête, Ormuz rouvre
Ce qui s'est passé
Le 16 juin, les présidents Trump et Pezeshkian ont signé électroniquement le Mémorandum d'Islamabad. Le Pakistan a servi de médiateur depuis le début des pourparlers en avril. Une cérémonie formelle est prévue à Genève le 19 juin.
Le conflit avait débuté le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran. Il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars par le Hezbollah.
L'accord prévoit quatre choses : réouverture du détroit d'Ormuz dans les 30 jours, levée du blocus naval américain, engagement iranien à diluer son uranium enrichi, et déblocage potentiel de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iran en cas d'accord nucléaire définitif. Soixante jours de négociation s'ouvrent. Rien n'est définitif avant.
Pourquoi c'est important
Ormuz, c'est 20 % du pétrole mondial — 14 à 20 millions de barils par jour. Bloqué depuis fin février, il avait fait monter le Brent à plus de 100 dollars le baril, avec un pic à 120 dollars en avril.
La seule annonce de l'accord a suffi à le faire chuter de 5 % en quelques heures, autour de 80 dollars. Goldman Sachs a immédiatement révisé ses prévisions à 85 dollars pour 2026 et 75 dollars pour 2027.
L'accord est structurellement fragile. L'Iran a déjà annoncé qu'il facturerait le passage dans le détroit à l'issue des 60 jours. La question nucléaire reste entièrement ouverte. Et Israël, absent du texte, surveille.
Pourquoi cela concerne la France
Impact direct sur les prix à la pompe : une baisse sous 1,80 € le litre est attendue en juillet, avec une stabilisation possible entre 1,70 et 1,75 € à la rentrée si l'accord tient.
Sur le plan diplomatique, la France est directement impliquée : Trump a signé le mémorandum à Versailles lors d'un dîner avec Macron, et Paris pousse à la création d'une force multinationale pour sécuriser le trafic maritime dans le détroit.
Ce qu'il faut surveiller
- Les 60 jours de négociation sur le nucléaire iranien : c'est là que l'accord tiendra ou s'effondrera.
- La réaction d'Israël, absent du texte, dont les négociations avec le Liban se poursuivent séparément.
- La question des futurs droits de passage dans Ormuz, qui pourrait rouvrir un contentieux avec les pays du Golfe.
- La solidité du cessez-le-feu au Liban, où le Hezbollah refuse toujours de discuter de son désarmement.
02 · Diplomatie
G7 d'Évian : Trump reste jusqu'au bout, l'Ukraine obtient une déclaration unanime
Ce qui s'est passé
Du 15 au 17 juin, les sept dirigeants des grandes démocraties industrialisées se sont réunis à Évian-les-Bains, sous présidence française. Zelensky était invité.
Résultat inattendu : pour la première fois depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, le G7 a publié une déclaration conjointe affirmant le « soutien indéfectible » des sept pays à l'Ukraine et reconnaissant son intégrité territoriale.
Trump a également annoncé la réimposition des sanctions sur le pétrole russe, suspendues en mars. Une déclaration distincte a été adoptée sur les minerais critiques. Sur l'IA, aucun cadre commun n'a été formalisé.
Pourquoi c'est important
Au G7 précédent au Canada, Trump avait quitté le sommet avant la fin. À Évian, il est resté jusqu'au bout. Libéré du dossier iranien, Trump peut se recentrer sur l'Ukraine.
Zelensky l'a rencontré deux fois en marge du sommet, photos à l'appui des bombardements russes sur Kyiv — dont l'attaque sur la cathédrale de la Dormition dans la nuit du 14 au 15 juin. L'image a visiblement pesé.
Mais la durabilité de ce « moment Évian » reste une question ouverte. Les déclarations de principe ne valent que ce que les suivis concrets leur donnent.
Pourquoi cela concerne la France
La France préside le G7 cette année. Macron a géré l'équation la plus difficile : maintenir Trump dans le cadre multilatéral tout en tenant la ligne sur l'Ukraine.
La déclaration sur les minerais critiques engage des intérêts industriels directs pour l'Europe — lithium, cobalt, terres rares — dont la dépendance vis-à-vis de la Chine est un enjeu stratégique de premier ordre.
Ce qu'il faut surveiller
- La traduction concrète du soutien à l'Ukraine : livraisons d'armements, positions de négociation, engagement financier.
- L'évolution de la posture de Trump, alors que Poutine a refusé la proposition de rencontre directe formulée par Zelensky.
- La mise en œuvre effective des sanctions sur la flotte fantôme russe, que la Grèce et Malte continuent de bloquer en interne.
03 · Économie & Tech
SpaceX entre en Bourse : l'IPO la plus grande de l'histoire ouvre un nouveau cycle
Ce qui s'est passé
Le 12 juin, SpaceX a fait son entrée sur le Nasdaq sous le ticker SPCX, à 135 dollars par action. La levée initiale atteignait 75 milliards de dollars pour une valorisation cible de 1 750 milliards.
Dès le 17 juin, l'action se négociait autour de 196 dollars — 45 % au-dessus du prix d'introduction en cinq jours, portant la capitalisation au-delà de 2 000 milliards. C'est la plus grande introduction en Bourse de l'histoire, dépassant Saudi Aramco en 2019.
Le seul segment réellement rentable aujourd'hui est Starlink : 10,3 millions d'abonnés dans 150 pays, 1,19 milliard de dollars de bénéfice opérationnel au T1 2026.
Pourquoi c'est important
Dans le sillage de SpaceX, deux autres dossiers ont été déposés confidentiellement : Anthropic début juin (valorisé à 965 milliards) et OpenAI mi-juin (852 milliards).
Ces trois entreprises contrôlent des infrastructures critiques mondiales — internet par satellite, modèles d'IA de référence, puissance de calcul. Elles entrent en Bourse avec des valorisations comparables à des PIB d'États moyens.
La valorisation à 2 000 milliards repose quasi-exclusivement sur les perspectives futures de Starlink. À 94 fois le chiffre d'affaires 2025, c'est un pari plausible — et un risque de correction sévère si les résultats déçoivent.
Pourquoi cela concerne la France
L'Europe dépend de Starlink pour les communications militaires ukrainiennes et pour la connectivité dans ses zones rurales mal couvertes. Elle n'a pas d'équivalent.
Pendant que SpaceX se cotait à 2 000 milliards, la France annonçait à VivaTech la création d'un assistant IA souverain avec Mistral AI. L'écart de puissance financière entre les deux approches illustre concrètement où en est la souveraineté numérique européenne.
Ce qu'il faut surveiller
- La fin de la période de blocage des actionnaires historiques, attendue vers décembre 2026 : un afflux de ventes d'initiés pourrait peser sur le cours.
- Les dossiers IPO d'OpenAI et Anthropic, attendus pour la fenêtre septembre-novembre 2026.
- La réaction des gouvernements européens face à cette concentration de puissance technologique désormais cotée.